Saint-Étienne-de-Boulogne

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11 novembre 2017


Il y a 99 ans en ce 11 novembre 1918 à 11 heures le silence revenait sur les champs de bataille. Mais quel sens avait ce silence résigné, atterrant, abattu. Sinistre après quatre année de guerre qui a laissé sur l’ensemble des champs de bataille, parce que pour un humaniste tous les morts se valent, plus de 18 millions de morts et 21 millions de blessé. Autant d’orphelins, de veuves elles aussi victimes du conflit. 6 millions de combattants sont rentrés blessés, mutilés, physiquement, amputés, défigurés, gazés. Dans tous les cas traumatisés à tout jamais.
Le courage force le respect, dans cet enfer moderne de fureur et d’acier, de front fixe où les troupes attendent terrées dans les tranchées le massacre qui viendra par la mitraille d’en face, par les airs avec une artillerie nouvelle, ou par la terre avec la guerre des mines et des sapes. _ Puis cette guerre insidieuse, celle du gaz moutarde. Rien ne leur a été épargné, jusqu’à la faim à l’issue de journées d’attentes dans d’immondes boyaux boueux qu’ils partageaient avec les rats et les épidémies.
L’année 1917 résonne avec un son particulier dans l’histoire de la Première Guerre mondiale.
C’est d’abord celui de l’entrée en guerre des États Unis d’Amérique aux côtés des alliés d’alors. 150 000 jeunes hommes du nouveau monde laisseront leur vie en 1 an et demi de combat dans l’Est de la France et en Belgique. N’oublions pas ce sacrifice d’un jeune état, qui depuis son indépendance et Lafayette, sait ce qu’il doit à la France des Lumières.
L’année 1917, c’est aussi celle où les soldats russes mettent crosse en l’air, et où les paysans et ouvriers reversent le régime féodal sous lequel ils vivent encore, quittant le champ de bataille de la première guerre mondiale.
Mais sur le front, l’année 1917 est celle du plus complet enlisement du conflit. Celle où plus que jamais l’humanité et les combattants ont perdus tous repères. Devant l’absurdité du conflit, il n’y a plus d’esprit militariste qui vaille. La réalité crue, nue, a rattrapé les soldats de tous les camps, terrassant les discours vindicatifs et guerroyant des années d’avant-guerre.
Las, les poilus ont compris que ce combat ne sert à rien et qu’ils sont réduits à l’état de chair à canon sans valeur, et à des sacrifices sans fin et sans issue. Ils ont devant les yeux et dans les cœurs les 200 000 morts du Chemin des Dames, tombés en deux mois à compter du 16 avril pour aucun résultat territorial. Attaquer, attaquer à tout prix et quel qu’en soit le coût humain. Telle est la stratégie abjecte et inefficace d’un état-major dépassé.
Malgré une concentration de moyens sans précédent, d’effectifs comme jamais, faisant appel en particulier à l’ensemble des troupes coloniales, c’est l’échec patent. La guerre ne sera gagnée que d’épuisement de l’une ou de l’autre des parties, et non de victoire en avant. Il n’y a plus d’espoir que chez les officiers supérieurs
La seule issue de ces hommes, refuser. Refuser de sortir de la tranchée. Individuellement, lorsque le désespoir pousse à se tirer une balle dans le pied, dans la main, ou à se couper les doigts pour ne plus monter au front. Ou collectivement, comme les hommes de Maupas, instituteur devenu caporal. _« Dès que le jour de l’attaque fut connu, mes hommes avaient la résolution parfaitement arrêtée de ne pas sortir… Au moment de l’attaque, les hommes étaient démoralisés, enfouis dans la tranchée, ayant en eux-mêmes la vue des cadavres alignés devant eux… Au commandement de « En avant ! », je me tournais vers eux. Et plusieurs fois j’ai dit : « Allons mes vieux, debout ! ». Personne n’a bougé et toute l’escouade se cacha d’avantage ». 3 500 condamnations furent prononcées par les conseils de guerre : 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort.
C’est là que retenti la Chanson de Craonne. Celle des mutins désespérés, disant
Adieu la vie, adieu l’amour
Adieu toutes les femmes/ C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme/
C’est à Craonne sur le Plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés/
C’est nous les sacrifiés.

Ces mutins, la France a voulu les refouler, les oublier. Aucun ou presque ne figure sur les monuments aux morts après pourtant des années de combat. Leurs veuves n’ont eu droit à aucune pension et leurs enfants ont connu les regards honteux. 100 ans après ils sont pourtant autant de lumières qui éclairent la compréhension humaine des combats, comme autant de cris de désespoirs.
100 ans après, il est nécessaire que la lucidité l’emporte et que le roman national s’efface pour laisser la place à l’histoire. Celle qui analyse, celle qui fait comprendre, pas celle qui sert tel ou tel dessin politique et usurpe son nom.
La Mémoire seule n’est pas histoire. Elle est sentiment humain et à ce titre, elle n’empêche rien et n’instruit pas. Elle doit laisser la place à l’analyse.
Cette mémoire, odieusement exploitée, a justement été l’un des puissants moteurs de la montée des fascismes dès les années 1920, nourrissant le nationalisme délétère, la poursuite de l’identité fantasmée, de la séparation et de l’opposition des peuples et de leurs prétendues racines qui ne sont que vaines chimères. L’historien lucide le sait. Tout n’est qu’échange, croisement, interaction, hybridation et diversité. C’est ainsi que les sociétés avancent depuis des millénaires, que cela plaise ou non, bien loin de fantasmatiques et prétendues guerres de civilisation dont certains nous abreuvent.
Pensons juste que cette guerre de 14-18 a eu lieu entre les héritiers de Charlemagne, et ceux de Karl der Große, dont les manuels d’histoire de part et d’autre du Rhin se disputaient l’héritage ! Triste Europe que celle qui s’oublie.
Nous le savons, la seule guerre qui vaille est celle faite à la guerre elle-même. Par la diplomatie, par le respect des peuples, par l’éducation et le développement. Cela ne signifie pas que les armes n’aient pas parfois leur place dans un champ encadré par le concert des nations, non pour dominer mais pour rétablir le calme ou séparer les belligérants. Mais seule les solutions politiques rétablissant la Paix.
Faute d’une solution politique à un conflit politique, nos poilus ont connu le désespoir dans les tranchées au cours d’une guerre qui s’est enlisée, sans perspective.
Vous dont les noms figurent gravés à tout jamais ici, savez comme Antoine de Saint-Exupéry, qui périt en 1944, que « la guerre n’est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus. ». Puisses nos sociétés travailler à guérir de ce mal.



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